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lundi 15 mars 2010

Sois sans mains


N’entre pas dans le rêve
Reste au seuil
Ne comprends pas le monde
Regarde-le
Avec  des yeux aveugles
Sans prothèses avance
À chaque pas affronte l’abîme
Sans crier au secours
Ecoute les ordres
Ne les suis pas
Sois sans mains
Quand tu approches le feu
Et les soleils intérieurs
Reste là
Poussière d’organes
Fais patienter l’injonction
  *   *   *
Main    tenant   les   re   stes  

d’un

pré   sent        une  petite fi     lle
en toi

qui             mar che   avec  …é


moi

àtra   vers   les   nuits  
fines

de la

feui    lle      restan    te a
près la le vée du voi


le               de                 la
nu              ée



Remedios Varo, Les feuilles mortes, 1956


dimanche 7 mars 2010

Boucheron


Quelques mots : voilà ce qui nous sépare de Boucheron. Quelques noms propres. Et une langue à trouver. Nous la voyons s’approcher derrière les lignes ondulantes de la chaleur tourbée. Mes yeux s’écarquillent et tentent de chercher l’air entre les particules de poussière qui nous envahissent. Le parfum de Boucheron bouche le nez et le palais.
Rue des céréaliers.
Vous avancez tous les deux, père et fils. Essayant de faire génération. Vous pénétrez le passage des filles publiques. Quelques murmures vous appellent, vous séduisent par l’excès de chair et de sourires troués. Mais vous avancez toujours. Vous arrivez enfin à la porte métallique, pâle et verte, aux lamelles en zigzag. Maison aux tortues sans carapace. Demeure irrationnelle qui vous ouvre ses portes. Entrez ! Devant les centaines de baisers humides qui vous collent des éternités vous marchez lentement. Vous tendez les visages aux lèvres entrouvertes, figés. Vous êtes à présent dans la chambre azur. Une porte. Pas de fenêtres. La veuve masquée qui blasphémait autrefois ; la voilà caressant les murs. Vous la consolez. Son enfant va revenir vous dîtes. Regardez ! Ces créatures muettes qui s’approchent en rampant et vous visent de leurs pupilles.
Le centre.
Un jardin désolé. Désert avec fantômes d’arbres et roses. Le temps bouillonne, s’évapore puis se distille sur les grilles des cages posées. Dedans un couple de paons. Un faucon. Empêchés de voler pour le regard insouciant des enfants. Car les rois ne peuvent approcher le centre de Boucheron. Là tout se liquéfie et perd son histoire. Même la mort redoute le centre de Boucheron. Elle n’y est que bulles et phantasmes télégraphiés.
La rivière mielleuse.
Un vide qui peut trahir. Courant sec aux sifflements divers. Elle est grosse d’esprits ventriloques. Souvent caresse Boucheron. Parfois la bouleverse.
Le souk.
Des camions chargés de paysannes, d’hommes et de légumes viennent en ce jeudi de l’esprit. Les chats attirés par les vapeurs des abats rôdent en tigres. Il est des cercles aphrodisiaques. D’autres mythologiques. D’autres hachurés par les rires et quelques drames. Des vols. Tout est furtif au jeudi ! Les fumées montent signalant les festins. Les dieux du monde se rassemblent aussi au jeudi, cherchent des nourritures et des remèdes. Et s’allongent dans les clubs des bouchers. Et pendant qu’ils dévorent les victimes sacrifiées. Des petits diables leurs subtilisent les bourses sacrées. Qui va donc payer pour le panthéon ? Au jeudi de Boucheron, on n’accepte plus les crédits.

mercredi 24 février 2010

La secte des dames de nuit


Approchent tranquillement les ombres sous la lumière jaunâtre.
Rires de nuits d’été nous apportant compagnie…
Stratèges et révolutionnaires, hôtes veilleuses qui calculent les distances
pour établir la colonie
et oindre les âmes d’essences et être.
Brume de tilleul et jasmin ; parfum de sexes attachés
Avant l’arrivée des scarabées aux sécateurs ; inventrices des désirs et espérances.
Deux ombres jouent à bander les pistils
en serrant le style,
et damer l’androcée. Après longue errance.
Puissant est le parfum relâché
des sèmes coulant le long des filets, devançant les sens.
***
Trois coups qui résonnent solennellement… Applaudissements… éclats de rires lâchés
« Dame ! »
Elle règne sur l’échiquier désormais… et souverainement se renverse pour se distinguer.
***
Les papillons arrivent !
On verse le nectar et annonce l’orgie…
Tous parés ils cèdent à nos fragrances.

Paul Klee. Heroic Roses. 1938

Diptyque rêvé


J’esquive en courant la tête baissée
Des échardes de ma bienaimée que j’évite en sautant les marques.
Quelques unes m’atteignent tout de même
en passant – furtives choses de nuit –
des cheveux
un manteau
Me téléphone du passé une voix
« Un jour, elles se vengeront de toi ! »
Fulgurante photo
qui me subtilise à moi-même
et dans ma course dérobe la terre à mes pieds
Dans le puits profond
Jette les débris restants.
* * *
Labyrinthes de la contrée prophétique
Incartades sur les murs accompagnent les flâneurs
Leur signalent la demeure de la fausse déesse
A l’abîme du passage.
Au-delà de l’effort, il faut la paresse
Pour y parvenir
Et échapper à l’échalassage.

Marie Warscotte, Station de la Passion II, 2005

Traversée


Coupant le fleuve les visiteurs se réveillent,
regardent depuis leur suspens le cours des choses.
S’étirent pour rejoindre les deux rives
Mais ne le pouvant se recroquevillent au fond de l’appareil.
Et crient !
« À quand la fin de cette histoire
qui dure depuis un éternel déjà,
et machine destruction passive ? »
Le reflet de lune rit jusqu’aux grimaces,
D’une voix massive,
Prononce quelques éclats
qui résistent aux hordes du jour.
Flottent là…
Empêchant qu’un récit ne tienne
Ou qu’un messie n’arrive.
Dormez toujours !
Mais dans votre sommeil,
que les coups viennent ;
tissez une révolution
et riez face à l’amour,
avant que son sifflet ne vous perce l’oreille.
Et annonce le retour.

Rothko, sans titre (noir sur orange), 1950

L’éclair attendu


Le tranchant de l’histoire est sur le point
de tatouer à l’encre rouge l’écorce
du monde.
Passé ; devant nous encore devant
Sur le bord, grimoire dont les feuilles
s’envolent en tout sens
dispersent les formules magiques
qui nous fondent.
Tout se rejoue encore au seuil,
bouge mais manque encore de force,
amour doublant son apparence.
Un instant ; noir qui avale le temps
Renvoie aux vacances le deuil.
Réduit l’être à un tonnerre
sur la terre immense.
Il gronde.

Paul Klee, Angelus Novus, 1910

Chant de la montagne des connaissances


Les matins de cette saison
J’expire des nuages qui m’auréolent.
Tout visage pour les amants venus
Se dédoublant dans leurs apparitions,
Echangeant les rôles
.
J’admire la rage du désert luttant
contre les temps sculpteurs,
et ses feintes serpentines
rongent la transcendance des rochers
Dérèglent les pôles.
Et voici ! Les vents sacrés m’entourent
Répétant les cris des vieux dieux
Projetés de leurs anciennes maisons
Quelques rimes les piétinent
À perdre raison !

Paul Cézanne, La montagne Sainte-Victoire, 1888 -1890

Repas sur l'herbe


Elle mendie l’être
pour me faire
et disparaitre
dans les champs de colza…
Elle ne demande qu’à naitre ;
pas aux sabots fendus
me devancent et portent la brise à
mon corps étendu
Ruminant par terre
les phrases fanées
et les questions ardues
qu’on venait de paître.

Giuseppe Arcimboldo: Le printemps, 1573,

Spectateur


Je regarde à travers la brisure du carreau
Le vert de la terre, se peignant au vent.
Des corps indistincts, des dieux qui jouent aux tarots
Après la fuite du destin derrière les brumes du levant.


<................> Mais cassé, le verre se fait œil…
<................>Ou regard aveugle.
<................>Tranchant qui marque le talon
<................>des marcheurs arrivés au seuil ;
<................> déjà changeant d’angle
<................> de leur aveuglement.


<..................................> Un œil de loups hurle
<..................................> Au crépuscule
<..................................> les noms des choses.
<..................................> Les décloue
<..................................> de leur raison morose.
<..................................> Et annonce quelque folie…
<..................................> Avance et recule,
<..................................> Cherche la source de la joie
<..................................> avant qu’elle ne se dépose.

Pablo Picasso, Les ménines (d'après l'œuvre de Velázquez), 1957

Le témoin


Tel l’arbre, tombe, dressé
Appelle souverainement le nom du matricié
En silence
Regarde à travers des lettres tressées
Sur son visage, et écoute le logos des merles
Déterreurs de vers initiés.
Attend la pluie ou quelques visiteurs pressés
Pour arroser son domaine
Et cueillir les questions des suppliciés.
Sans langue mais toutes canines
Déchiquetant les croyances.
Sœurs de la pensée.
Il crie son être, là où il gît
Être de passage, entre voiles qui déferlent
Et douleur, d’une passion sciée
Par la déesse, reine de la mémoire
Et son ange à la peau hérissée
Moisson à longue haleine.

Paul klee , La Mort et le feu (Tod und Feuer),1940

Amour stellaire


Le lait de ses seins trace des chemins
sur des distances astronomiques.
Des lunes artificielles circambulent à son orbite.

Astres qui hurlent la nuit
Chœur en transe. Des archers
veillent sur le mensonge
à mort cosmique – Les comètes
se fardent de flammes
Porteuses de gamètes
à la fin de leur songe
feu ardent des âmes

Des planètes de gaz brûlent d’ennui
Délaissées par le liquide aux morceaux d’albite
Retenues par gravitation elliptique
Regrettent l’absence des mains

Voute céleste, gravure retrouvée dans le temple de la déesse Hathor à Dendérah

Mejdoub occidental


- Et sur la grande place
tu mendies le pain de ton jour, toi aussi.
Ta main tremble blanchie
Tes yeux bruns d’un chien (ambulant)
Tes joues rouges sous la neige, sorties du four.
Et ceci ! Innommable sur ta tête !
Descend à tes reins, et sait cacher tes tours.
Il neige… Il neige et il couvre ton sentier,
tes origines, et sans merci
s’allonge devant toi, barre la fin du parcours.
As-tu perdu le chemin ?
Ou attends-tu que la tempête passe ?

- D’anciens esprits me visitent la nuit
Me regardent et rient… et grimacent.
Puis silencieux, repartent à l’aube.
Je les attends ici. Sur la place.
Me parleraient-ils, peut-être, le jour.
Je porte les noms qui appellent leur retour.

Hasui Kawase, "Matsushima godaido no yuki"
Godaido sous la neige

Prés-a-nce


Au coin sacré, on monte la colonie.
Champ de bandes blanches qui se balancent;
pendules inversés
Prient pour rejoindre le temps
qui danse -- Flamme
de moins d'une bougie.
Flamme pâle qui se couvre de
mille masques et avertit :

Qu'est-ce que Dieu derrière ses voiles?
Le feu qui brulerait le monde
Qu'est-ce que Dieu derrière ses voiles?
La fin du monde
Qu'est-ce que Dieu derrière ses voiles?
La fin

Qu'est-ce que Dieu derrière ses voiles?

Rien


Ahmed Cherkaoui

Séisme (inachevé)


Allongé dans l’obscurité, je regardais le halo de l’écran et les touches de l’ordinateur posé comme une chaufferette sur mes jambes étendues. J’essayais de distinguer quelques lettres pour une transcription phonétique : le bruissement de quelque expiration raclée ; un coup de glotte, et quelques autres grimaces.

Pour la signature, le coup d’œil devance la lettre qui roule. Qui devrait rouler. Mais qui était là, posée ; un lourd cube de Zircon aux surfaces polies. J’étais impuissant. Incapable de le déplacer. Je calculais son volume. Je cherchais des lois physiques afin de le transformer en disque, en arc ; ou du moins le relever, le pousser, ou le faire glisser. Ma langue ne pouvait pas servir de levier. Je la mordais avec regret.

J’allais renoncer, ou j’avais renoncé, laissant la petite bête s’approcher de la fermeture de la fenêtre pour sauver et quitter, quand un tonnerre profond et grave fit trembler la terre et les murs. Le lit vibra. Syncope des voix qui conversaient ou bavardaient à l’arrivée du sommeil. Un rêve ? Plus court. Passage de la fin. Je découvris tout à coup que mes yeux fixaient le cube qui n’était plus à sa place. Sur ses faces visibles apparaissaient des fissures : des éclairs figés. Tracé d’une secousse qui dessinait les mouvements et les métamorphoses. Sismographie des lettres, bordures de l’abîme, droites et serpentines

Robert Morris, Sans titre (Mirrored Cubes), 1965.

Naissance de la lettre

(à Najib Cherradi)


Restée là, elle attend, elle fond en lave et coule.
Orange flamboyant, trace son chemin errant
à la rencontre des esprits sinueux ; veilleurs
sur les lèvres brulantes et les plis de l’oreille.
Elle écoute les trompettes du poème aux péchés
de cette race encore enchainée par la clémence.
Quel heur va la relâcher ?
Mièvre dans son attente, elle éprouve le grincement
des appareils : cris de métal agonisant au
cœur arraché. Il dicte son testament au feu.
Avec patience, elle déchire des paupières et perce
des pupilles. Apprivoise la douleur sans la dépêcher.
Les flammes brûlent toujours, mais deviennent couleurs
et noms. Les yeux se font leurs moules.
Un air chaud monte effervescent. Forme des
bulles et des lettres. Un R qui roule.

K. Malevitch, Etude de fresque, 1907

Ver d’oreille


Un vers dans sa tête
se répète, à l’infini.
Mélodie éternelle qui bourdonne
et promet du miel pour sa bouche.
Par elle reçoit des signes
Tonnerres et tempêtes
de la déesse masquée.
Musique !
Feu des amants ; leur aveuglement,
par lequel ils voient leur perte
arriver à pas rythmés.
Accueillie par le poète
muet, étendu sur la dune.
Il écoute la nuit l’ululement
des sables se préparant
à la parure verte.
Dans ses rêves mouillés
il tresse des sons ;
soupirs aux reflets de la lune.
Il crie de joie et de peine.
Tour à tour.
Ça se répète.

Joan Miro, Amour d'hirondelles

Les spectres du voyage

(à Khadija Safouane)


Sa voix résonne, appelle sa fille
Elle l’a suivie dans son voyage
Portant sa serviette, fichu sur la tête
Un halo blanc autour du trait qui coule
d’un vert coupole sur le menton comme l’âge
passe, à son retour en creusant sa vie…
Elle est là maintenant. Elle crie
le nom de son enfant, qui prie.

La fille écoute.

« Ma belle ! Mon cœur assis devant
la demeure divine. Je suis derrière.
J’observe le parcours du soleil
sur son pont de feu au dessus du désert.
Je dessine mille figures sur ton dos.
Je danse enfin ! Je suis ta mère. »

La fille écoute.

Se tourne à gauche, à droite.
Coulent quelques larmes.
Se lève et reprend sa prière.
Mais la foi détournée
par les spectres du voyages.

Paul Klee - Chemin principal et chemins secondaires - 1929

En train de longer l'océan


Entrain de longer l’océan
écumant il montrait ses ténèbres
et s’apprêtait à avaler des morceaux
de terre.
Comme le dragon argenté avale
le chemin de fer.
Marque les lieux et éloigne les choses
Par ses vagues rend vision aux
passagers,
et donne être aux immortels.
Le vert se couvre de voiles sombres.
Le crépuscule est attente
Oubli souverain
et fête à l’ombre.


Umberto Boccioni, State of Mind : Farewells; 1911

Sprung


Voici ! Le blanc du ciel m’accueille.
Quelques tonnerres résonnent :
« Elle a ressuscité ! »
Mes pas effacent leur identité
et fuient leur présence ;
courent vers elles, les muses,
ne se soucient guère de la poussière
étincelante et le sang irrité.
Un incendie qui dure des instants
éternels mais s’éteint.
Laissant derrière lui de pauvres formes
et des contours de cités…
J’écoute la barque qui passe
et trace des lignes sur mon front.
Dans la brume elle avance tout doucement
portant des cendres et des promesses.
Ouvrant une nouvelle temporalité

De SOUZA CARDOSA Amadeo, Le saut du lapin

À la Mecque


À la Mecque ils rêvent de géométrie,
par leurs pas tracent des cercles et droites.
Accélèrent, ralentissent, se tiennent debout
sur des points… pour marquer le pas,
et remarquer le lieu.

À la Mecque ils vident les formes des contenus.
Exproprient les vieux demeurants de leur
demeure, pour la consacrer.
Le repère est dépouillé : trou noir,
ou grain de beauté.
Par où la terre regarde le ciel
avec un œil toujours écarquillé.

À la Mecque il y a un autre œil : caché.
Il a pleuré une fois à la vue
d’une mère et son enfant délaissés.
Ses larmes étaient douces et fraîches.
Elles donnaient vie à l’exilée.
Cet œil pleure encore. Mais pour défier de nouvelles
larmes qui jaillissent à côté : noires enflammées.

À la Mecque toutes les étoiles sont filantes.
Pour cela on croit pouvoir espérer.
Ce sont les étoiles déambulantes. Matrones
du hasard. Et signes pour les nomades,
et ceux qui peuvent errer.

Robert Morris, Box with the Sound of its Own Making, 1961

La soie

(à Lucia Raphael)


S’enroule en ses traits
fragiles et perd conscience.
Rêve de couleurs et d’ailes.
Il parait que l’on s’envolerait
après le sommeil et qu’on toucherait
la douceur des nuages de printemps.

La nuit dure longtemps pourtant.
Et les torrents de lave nous envahissent,
dissolvent nos corps et gardent nos demeures.
Et petit à petit, le sombre blanc
qui nous entoure, se dissipe en un fil. Lent
son départ vers un autre bonheur.

Des chambres de jadis se tressent à présent
en un nouvel abri des chairs.
Célèbreront une naissance multicolore.
Des membres se rassemblent pour un moment.
Soi-même surgit entre ses efforts,
comme cette marque qui dit : je ?

Vincent Van Gogh; Le murier

Disparition au nord


Troublé l’étang d’argent qui décime
les oies et brouille les reflets.
Tremble aux pas de machines approchantes
et avoue ses pierres centenaires.

Treize
larmes
te restent à chanter
et un morceau de temps,
dur comme le cristal
que tu peux mouiller
avant de dissoudre
en souvenirs.

Un regard me traversa.
Se posa sur le marronnier ;
qui devint barque,
et s’éloigna, porté par les murmures
du récit,
en soupirs.

Travailleuse


tête inclinée
mains crispées
balai tremblant
sandalettes mouillées

C’est du propre !

le sol l’est…
et les fenêtres qui
s’ouvrent sur l’autre
monde.
appellent en chuchotant
son prénom sevré

Van Gogh, une paire de chaussures,

Dernière élégie du poète (Bassouss, 40ème année)


Ailes de papillons brûlées qui battent
en silence
l'entourent en une auréole
funèbre -- Elle la sainte
reine de mes cartes
et plaisir de mes sens
Elle qui s'éloigne dans
le brouillard de mes yeux
ne me laissant que cette étreinte
autour de la gorge
et un désir immense
D'elle, la guerre perpétuelle
qui dressait nos rimes
et affirmait nos feintes
pour dire encore une fois : nous!
sans fuite de sens

Francisco Goya, “Giant”, 1818

vent d'orient


Le vent se lève au-dessus de la terre brune.
Portant les morts et les mots qui viennent
d'une autre langue dans sa poussière
Brule mon visage, assèche mes lèvres,
et rend mes phrases à leur enfance.
Sculpte ton corps de pierre
précieuse musique qui fait
danser ton silence.
* * *

Coule l'encre noire entre tes cuisses
et trace ma perte
réécrit l'histoire des merles
avant leur nouveau plumage.
Et juste avant de disparaitre
dans le sol devançant les alertes
Il reflète pour un un moment
les grosses larmes des nuages
* * *

Le vent se lève et passe le temps
devant mes yeux et des fantômes
d'oiseaux dans les cages
Devant moi le temps qui
m'observe d'un regard gris
promet une mer
et quelques paysages...
Après la pluie

M Rothco, No. 61, 1953

rêve

(traduit de l'arabe)

Un rang de spectres de femmes passe devant mon père et mon frère qui les observent de leurs lits. Moi, je nage dans une plage de la côte d'azur. Probablement Nice. Je crois qu'il y a les fantômes et qu'ils désirent faire passer un message du monde des morts au monde des vivants. Du monde de l'absence au monde du témoignage. Le spectre de Jacques Derrida était aussi parmi les invités. Et j'étais assis à côté d'une fille écoutant une conférence d'un politicien qui a été ou va être torturé. Il y a là ma mère dans le rêve : elle parle de ma grand mère et le spectre de sa mère qui l'a touchée... Peut-on féminiser le spectre? La plupart de mes spectres sont des femmes.

visites nocturnes


Ce qui m'arrive entre les temps
Pour me réduire en cendres
encore une fois
Comme le vent de l'est arrive
enflammé
Attise le sang et ébranle la foi
Comme l'étalon noir arrive
au galop
Cela fait longtemps
qu'il cherche sa voie

Comment le dire?


Te faut-il une scène pour avoir une voix?
Ou le sperme qui jaillit sans érection,
va couvrir les peines,
étendre la joie?
- Je suis l'imperfection, et la marque
du regard
Sur le visage de cire
Une question qui tombe de tout son poids...
Coupe les fragiles veines
Et oblige à écrire:
Comment le dire?

Kasimir Malevitch; Carré blanc sur fond blanc

Bassouss

(à Philippe Malone)


Le soleil glisse l e n t e m e n t et hésite encore à avoir
Pitié de ces crânes qui brillent.
Une vallée d’or va accueillir nos corps
Et nos poèmes machines de guerre
Seront les signes qui s’éparpillent de notre métamorphose

Je porterai votre avenir dit ma fille et s’en va
Chercher les morts. Pourrait-elle l’hériter vraiment ?
Elle qui se voile de noir pour me donner à croire
De ma propre souveraineté en face du sort
Il n’y aurait que la couleur
Ou son absence qui fait l’émerveillement
Pour ma part je chercherai des rythmes qui
Aiguisent nos flèches et allument les feux

Le soir

Change la voix et le visage ; dit l’autre poète.
Voici qu’il prose, Abou Laïla, tout seul, voici qu’il prose
Quand vient le soir.
Il essaye d’oublier son art et attend le dévoilement
Ou l'apparition d'une rose.

Paul Klee, Garten im orient

Le départ d'Abou Laïla


Il prit sa javeline, cassa la jarre de vin posée
Devant lui.
Il mit son armure et sortit
Sur son chemin sablé les cailloux criaient
Les armoises se lamentaient sur le frère trahi
* * *
Parties les images
« Pas d’échange. Mais la vengeance du pardon
Sans limites.
Pleurez autour de sa tombe !
Pleurez le présage qui s’est accompli !
Et pleurez à ma place, je l’ai quittée…
Je commence le mythe »
* * *
D’un œil ornemental sa fille le regarde qui disparait
Son ombre tremblante ne veut pas le suivre
« Je suis ton rêve, il va devant toi et apparait
Sur la lame de ton sabre et le bouclier de cuivre
Va ! Ne te retourne pas… que coule le sang sans arrêt
Et rende la lune chanteuse et le désert ivre »

mer de nuit


Le temps d’un rêve
Je retournerai à la terre,
La musique de la piste asphaltée.
Cette musique qui mord la bande magnétique
Et bat sans trêve
Le fer d’un cœur exalté.
Appelle les nuits anciennes
De multiples mères qui racontaient
L’histoire des cendres aux pieds et
Oubliaient toujours les cadeaux promis
« Ils sont changés en fiction par le fleuve des généreux ! »
Disaient-elles d’une voix chuchotée
Et laissaient mes yeux ouverts
Au temps du rêve que j’allais rater.

Salvador Dali, La métamorphose de Narcisse

L’ancêtre


Pas de rouge sur ta terre le jour de leur transe
Blanche et brulante
La langue est transpercée de mille lances
et le nom
Qui portait jadis
ton absence
Qui revient sur les pas de la danse
et la voix
des grilles qui chante
le feu des forgerons
et leur désir immense
monte au ciel
et redescend
sur ta terre blanche
gagné par ta magnificence

Rembrandt, Le philosophe en méditation

Ainsi nous quittent les vagues…





Et reviennent






Wassily Kandinsky, Transverse Line

L’écrit zodiacal


Satisfait et en bleu annonce son départ
Le jour, et la venue de la nuit
Grosse de promesses pour ma plume
Argentées
Serait-elle à son lieu mon étoile ? Ou
Devrais-je frapper aux portes des douze maisons,
Mendiant les étincelles, l’écume
De la voie lactée,
Les talents du poisson,
Les mystères de son art ?

Voici la nuit…

Je commence à écrire : « Les amants se séparent… »
Non ! On ne commence pas en se séparant.
Il faut d’abord se rencontrer,
Et faire une histoire.
Elle est où mon étoile ? J’ai perdu l’ordre des saisons
Aucun signe n’apparait
De ces fenêtres et des maisons.
Je m’engloutis dans le noir
De l’encre pieuvre,
Qui voile les phares.

Mais voici la nuit…

Apporte conseil, quelque folie, et des secrets d’art :
« L’histoire commence par séparer
Comme le soir
Il s’écartèle en silence sans douleur, non
Sans douleur » dit la nuit.
Je recommence : les amants se séparent,
Et la nuit repart…

George De La Tour, Le nouveau né

Démission


La fourmi rouge n’arrive plus à disséquer les cadavres
Se contente de jus sucrés, et quitte sa colonie…
La fourmi rouge ne veut plus découper le ver de terre
Pour nourrir nos oreilles affamées de poésie.
Désastre ! Qui va nous faire des symboles,
Après la conversion des insectes ?
Qui va nous tracer des rythmes
Pour nos chants virils ?
Et nos marches de guerre
Et donner des signes à nos rôles ?

Le conte


Du confetti,
C’est le récit
Qui se déchiquette comme les galettes
Par les petites mains,
Et s’offre aux pèlerins
En ce mois-ci.

(fin de rime)

Ils sont allés pour lapider un lieu,
Se dresser sur un autre lieu,
Et demander du lait au sein vert :
« Ceci est notre vin ! »
Disent les uns, et dans la foule lèvent
Les mains vers leur dieu.

(Non la rime ne finit pas mais se cache)

Dans les graines de blé qu’on réserve
Dans les jabots des poules consacrées
Au retour des pèlerins.
Ceux qui vont nous rapporter
La traversée du désert dans les parchemins.
Tu attends aussi.

Variations sur les pas des voyageurs


Variation I

Au regard d’azur qui s’élance
Et appelle de son cri l’aigle voyageur.
L’autre lève sa tête voilée
Et écoute les battements des ailes et
Le souffle de la lance.

A l’ouest, les fissures du ciel éclairent
Le monde et le visage de la terre.
Montrent des chemins aux solitaires égarés.
Le saint blanc demeure accueillant,
Aux larmes des veuves, des vierges, et des mères
En lait les transforme pour les amants séparés

Ô brisure de voix et chaleur de l’âme
D’or est ton retour, et joies sur les plaines du pays.
Les buttes verdoient à ton passage
Et s’illumine de rouge le halo de l’essence.
Le masque du mort sourit devant l’éclat de
Ta lame
Il a faillit perdre son âge
Trahir ton présage

Variation II

Doucement s’approche le voyageur de la ville
Ailée.
Sur le chemin d’ambre il marque les signes
De son hésitation
Et écoute déjà les rires des enfants au cimetière
Ornementation
Gravée sur les portails. Des jeunes filles tenant
Des bols de lait
De sa blancheur rappelle ton visage
Et les lamentations
Emanant des vertes coupoles font apparaitre
Les hommes du pays appelés
La ville se lève accueillante et s’incline
Soumise à l’étrangère
Lui offre habitation

Variation III

Le train s’élance argenté quittant la ville
De mercure
A son passage sifflotant arbres et fleurs
S’inclinent.
Saluant la migrante
Qui repart vers son doux
Azur
Dorés les cheveux de l’enfant qui chante toujours
En ton cœur
Illuminent les témoins des tombes,
Et l’écrit sur les murs.
Offrent aux solitaires des fils de lumière
Des filles qui tiennent des bougies
A leurs pieds
Tombent
Les figures
Attendent leur transformation future
Cézanne, Route de Pontoise

L'apparition du "Tu"

Le gris avala le ciel et recouvrit le monde de sa majesté

Tes yeux, comme le bruit des gouttes de la pluie de septembre, fîrent trembler ma main saluant l'été qui repart.

Ton souffle traversa les plaines en hurlant :
"Soleil, voile-toi! ou deviens mille étoile et couronne ma tête"

La voix, rouge et flamboyante, coula comme les larmes du Vésuve.

Des flocons de feu annoncèrent ton arrivée.

Exercice d'inversion

erutircé'l ed snes eL
sniom uo sulp sruojuot tse
.sircé'j euq ec sircé'j is sap sias en eJ
.tircé'm sircé'j euq ec is uO
.tircé'm iuq ec sircé'j is erocne uO
erutircé'l snad sétalcé tnos tejus el te iom eL
étirotua nos drep y snes eL
.étiréV al rein ed sap tiga's en li tnadnepeC
riovuop nos retô iul ed siaM
...remraséd al eD