Quelques mots : voilà ce qui nous sépare de Boucheron. Quelques noms propres. Et une langue à trouver. Nous la voyons s’approcher derrière les lignes ondulantes de la chaleur tourbée. Mes yeux s’écarquillent et tentent de chercher l’air entre les particules de poussière qui nous envahissent. Le parfum de Boucheron bouche le nez et le palais.
Rue des céréaliers.
Vous avancez tous les deux, père et fils. Essayant de faire génération. Vous pénétrez le passage des filles publiques. Quelques murmures vous appellent, vous séduisent par l’excès de chair et de sourires troués. Mais vous avancez toujours. Vous arrivez enfin à la porte métallique, pâle et verte, aux lamelles en zigzag. Maison aux tortues sans carapace. Demeure irrationnelle qui vous ouvre ses portes. Entrez ! Devant les centaines de baisers humides qui vous collent des éternités vous marchez lentement. Vous tendez les visages aux lèvres entrouvertes, figés. Vous êtes à présent dans la chambre azur. Une porte. Pas de fenêtres. La veuve masquée qui blasphémait autrefois ; la voilà caressant les murs. Vous la consolez. Son enfant va revenir vous dîtes. Regardez ! Ces créatures muettes qui s’approchent en rampant et vous visent de leurs pupilles.
Le centre.
Un jardin désolé. Désert avec fantômes d’arbres et roses. Le temps bouillonne, s’évapore puis se distille sur les grilles des cages posées. Dedans un couple de paons. Un faucon. Empêchés de voler pour le regard insouciant des enfants. Car les rois ne peuvent approcher le centre de Boucheron. Là tout se liquéfie et perd son histoire. Même la mort redoute le centre de Boucheron. Elle n’y est que bulles et phantasmes télégraphiés.
La rivière mielleuse.
Un vide qui peut trahir. Courant sec aux sifflements divers. Elle est grosse d’esprits ventriloques. Souvent caresse Boucheron. Parfois la bouleverse.
Le souk.
Des camions chargés de paysannes, d’hommes et de légumes viennent en ce jeudi de l’esprit. Les chats attirés par les vapeurs des abats rôdent en tigres. Il est des cercles aphrodisiaques. D’autres mythologiques. D’autres hachurés par les rires et quelques drames. Des vols. Tout est furtif au jeudi ! Les fumées montent signalant les festins. Les dieux du monde se rassemblent aussi au jeudi, cherchent des nourritures et des remèdes. Et s’allongent dans les clubs des bouchers. Et pendant qu’ils dévorent les victimes sacrifiées. Des petits diables leurs subtilisent les bourses sacrées. Qui va donc payer pour le panthéon ? Au jeudi de Boucheron, on n’accepte plus les crédits.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire