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lundi 7 mars 2011

Sables mouvements (Aranéologie)

Le vent se lève, rumeur révolutionnaire

Fait trembler les toiles

Des araignées sym-pathiques

Viennent à vitesse de rêve, lysent les tyrans



marchent sur (les lettres) capitales

les engloutissent dans les sables mouvants

dans une langue électrique

cris cris cris s’écrient et se propagent

« le peuple veut… » qu’on aime ; qu’on partage

et le peuple nait, acte de texte

pond ses auteurs

en aval



le désert, ça marche désormais !

et jaillissent de lui nouvelles terres

que nous pourrons cultiver

mais

déjà arrosées de sang et limitées

de témoins trépassés

mercredi 26 janvier 2011

Silence urbain

Entre moi et les autres, une scène
qui coule au rythme des coureurs :

deux merles à la recherche de vers
à l’heure des cloches.

Pas de chien ; une aiguille de secondes
ou battement d’un cœur lointain

d’une belle créature

Deux tours s’apprêtent à se reposer,
après longue érection.

Les arbres bavardent en chuchotant
les secrets des passants et des oiseaux
citadins poursuivant les drapeaux
flottants

Solitude dans la place :
devant…
les visages grimacent
une machinale voix annonce
les stations : des noms propres
mémoires accidentées
Mais indifférents les secours passent
Regards vides qui s’évitent,
des aimants renversés


A. Sadallah, Border2, 2011

Perversion transcendantale

Au pied de la lettre,
il se jette pour lécher l'encre
qui coule
et crie de joie à chaque coup de
parole
de sa langue maternelle
qui insensée
exhibant ses mots intimes.
Et devant l'éternel
retour des rimes, et des
accords.
Il commet des crimes, et
défait genres et nombres.
détache les rapports;
ou les rejoue autrement
copulant en orgie
des phrases sombres;
demeures: des vers où gient
Cadavres
pour ces nécrophiles ombres.
Il lit, réécrit,
et suce le bout des signes.
Meurt
et renait,
Comme par magie
du bord des lignes


Acariens

Blanche cruauté

Trancher la gorge du temps
Le laisser s'évider de son flux
Et prier pour son absence
en infinitif
Comment quitter le monde
sans dire adieu
aucune parole
Mais en éclats d'un rire
définitif?
pour imiter son agonie
à titre de complaisance,
Je sans verbe
mais en première instance



Frontispice du livre de Hobbes, Le Leviathan

Les sauterelles

(à la mémoire de Moustafa Safouan)

nuage
vient pour abstraire
vient pour dénuder
vient pour
qui ?

et je parle comme parlent les sauterelles
en théorie
o..... e.......l.......s.......e..... t..... e
n..... i...... a...... a...... n...... u......n
....... c...... ....... b..... ....... a........
....... s...... l....... ....... h...... h......b
....... ....... a...... e......a...... ....... a
....... ....... n...... d......u...... e......s
....... ....... g...... ....... t...... d.......
....... ....... u...............................
....... ....... e..............................



des plans des cadres et des nymphes rasant la surface des lettres
laissent une encre qui flotte


et j’écris comme écrivent les sauterelles
en défoliant


on dégage un espace pour l’arrivée des images
on chauffe les peaux pour les battre
et donner le son
aux rythmes des pages qui s’exterminent
des troupes arrivent encore
affamées et orgiaques


et je chante comme chantent les sauterelles
en élytres


les futurs surgiront de la terre
larves aveugles
mais
en
sûr
devenir


et je vis comme vivent les sauterelles
en mue


quelques unes donnent abdomen et thorax
on construit des ponts
on traverse sur leur fin
la reportant au monde
des bonds
de l’apocalypse


et je meurs comme meurent les sauterelles
en infini


mouvements
réflexes
et ça sèche
avant de se disperser
en nuage après la pluie



Schwarm Wanderheuschrecke, 1884