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mercredi 24 février 2010

Séisme (inachevé)


Allongé dans l’obscurité, je regardais le halo de l’écran et les touches de l’ordinateur posé comme une chaufferette sur mes jambes étendues. J’essayais de distinguer quelques lettres pour une transcription phonétique : le bruissement de quelque expiration raclée ; un coup de glotte, et quelques autres grimaces.

Pour la signature, le coup d’œil devance la lettre qui roule. Qui devrait rouler. Mais qui était là, posée ; un lourd cube de Zircon aux surfaces polies. J’étais impuissant. Incapable de le déplacer. Je calculais son volume. Je cherchais des lois physiques afin de le transformer en disque, en arc ; ou du moins le relever, le pousser, ou le faire glisser. Ma langue ne pouvait pas servir de levier. Je la mordais avec regret.

J’allais renoncer, ou j’avais renoncé, laissant la petite bête s’approcher de la fermeture de la fenêtre pour sauver et quitter, quand un tonnerre profond et grave fit trembler la terre et les murs. Le lit vibra. Syncope des voix qui conversaient ou bavardaient à l’arrivée du sommeil. Un rêve ? Plus court. Passage de la fin. Je découvris tout à coup que mes yeux fixaient le cube qui n’était plus à sa place. Sur ses faces visibles apparaissaient des fissures : des éclairs figés. Tracé d’une secousse qui dessinait les mouvements et les métamorphoses. Sismographie des lettres, bordures de l’abîme, droites et serpentines

Robert Morris, Sans titre (Mirrored Cubes), 1965.

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